Nigéria

Contexte du conflit et principaux défis

Le conflit en cours au nord-est du Nigéria est caractérisé par des taux élevés de violences sexuelles. Des centaines de femmes et de filles ont été (et continuent d’être) violées par les combattants du JAS (Jama’atul ahl al-sunnah li da’awati wal jihad), connu internationalement sous le nom de Boko Haram. Les victimes sont enlevées, et souvent forcées d’épouser leurs ravisseurs.

De nombreuses survivantes ainsi que leurs enfants – dont sont certains nés en captivité des viols perpétrés par les combattants – vivent désormais dans des communautés d’accueil et des camps de personnes déplacées (PDI). Elles y sont ostracisées, stigmatisées et parfois rejetées par les membres de leurs propres familles. Malheureusement, et ce malgré leurs besoins spécifiques, il n’existe pas de programme national pour les aider. Les survivantes n’ont peu voire pas accès à la justice et aux services de base, notamment aux programmes de soins et de subsistance.

Au Nigéria, il n’y a pas de loi globale pour lutter contre les violences faites aux femmes. Le Code Pénal, applicable dans tous les états du Nord, régit le viol au Nigéria. Récemment, la Loi interdisant la violence envers autrui a été adoptée, et définit plus largement le viol. Cependant, l’agresseur est désigné par “n’importe quel homme” et une définition si restreinte limite l’applicabilité de la loi à d’autres types de violences sexuelles. Une législation plus protectrice, soutenant les femmes et les filles qui ont été victimes d’esclavage sexuel, d’enlèvements et d’autres formes de violences sexuelles manque toujours.

L’enquête préliminaire de la CPI (Cour Pénale Internationale) a reconnu les crimes contre l’humanité liés au meurtre et à la persécution ainsi que les crimes de guerre comme le viol, l’esclavage sexuel et la violence sexuelle. Sur les 8 cas potentiels, 6 sont contre Boko Haram et 2 sont contre les forces de sécurité nigérianes. Des procès se sont tenus contre des suspects de Boko Haram, souvent en vertu de la Loi sur la prévention du terrorisme. Bien que plus de cent prévenus aient été condamnés, aucun n’a été reconnu coupable de crime de violence sexuelle.

Dans les camps, les survivantes sont font face à une assistance non-adaptée à leur situation, notamment avec le retour de plus en plus de femmes et de filles. Les plus importants services identifiés sont le soutien psycho-social, les soins maternels et la distribution de kits d’hygiène. Par ailleurs, il y a un manque cruel d’opportunités de subsistance pour les personnes vivant dans des camps de déplacés, dont très peu d’opportunités dans le marché du travail formel.

Réseau National

L’association Grassroots Researchers (GRA) est une organisation à but non lucratif, apolitique et fondée sur les droits qui a pour but de faciliter les initiatives locales qui promeuvent le développement, la justice et le soutien des victimes dans les communautés. Leur mission est d’être une organisation locale active améliorant la qualité de la vie humaine et la justice sociale au Nigéria. Leurs programmes se concentrent sur le changement climatique, les conflits, la sécurité et la justice, le développement économique et social et la gouvernance.

Avec le soutien de la Fondation du Dr. Mukwege, l’association GRA participe au développement du projet de Construction d’un Réseau de Survivantes au Nigéria (BSN), voué à devenir une plateforme de rencontre, de solidarité et de création d’une mémoire collective afin que les survivantes de violences sexuelles puissent combattre leurs traumatismes et favoriser leur guérison.

A l’heure actuelle, l’association GRA compte un total de 550 membres survivantes dans les Etats de Borno, d’Adamwa et de Yobe. Les activités régulières du réseau comprennent des réunions de planification de projets, des réunions mensuelles du réseau de survivantes et des séances de formation destinées à renforcer leurs capacités de leadership et de plaidoyer.