Colombie

Contexte du conflit et principaux défis

Le conflit colombien a commencé en 1964. Le gouvernement, des organisations paramilitaires de droite, des organisations criminelles et des groupements de guérillas de gauche tentaient alors chacun de prendre le contrôle en Colombie. En 2013, le conflit avait déjà fait plus de 220 000 morts, dont la plupart étaient des civils. Plus de cinq millions de civils étaient déplacés à l’intérieur du pays.

Dans ce contexte de conflit, les violences sexuelles ont formé une tactique de guerre très répandue. Cependant, en raison d’obstacles majeurs obstruant l’accès à la justice dans le pays, ces violences ont été particulièrement peu signalées. Dès lors, il nous est impossible à l’heure actuelle d’avoir une vision correcte de l’ampleur de ces pratiques. Encore aujourd’hui, de multiples défis subsistent en Colombie : de nombreux auteurs peuvent encore agir en toute impunité et l’accès aux soins de santé pour les survivantes de violences sexuelles n’est pas garanti.

En 2016, après plus de cinq décennies de conflit, le gouvernement colombien et les FARC-EP ont signé l’accord de paix final. Celui-ci inclut de nombreuses dispositions sur l’égalité des genres et sur les droits des femmes. Certaines de ces dispositions traitent spécifiquement des violences sexuelles perpétrées lors du conflit. Cependant, dans la pratique, on observe une application limitée de celles-ci.

Aujourd’hui, malgré tous les obstacles et malgré la stigmatisation, les femmes de Colombie prennent la parole. Elle demandent vérité, justice, réparation ainsi que la garantie que cela ne se reproduira plus.

La Colombie a pris, de manière systématique, des mesures afin de combattre les violences sexuelles et de promouvoir l’égalité des genres. En 2008, le gouvernement colombien a adopté la Loi sur l’Egalité des Genres (1257/2008). En 2014, il a adopté une loi assurant aux victimes de violences sexuelles, et plus particulièrement celles de violences sexuelles perpétrées dans le cadre du conflit, l’accès à la justice. Si ces lois fournissent un cadre légal et signalent une politique claire, leur mise en œuvre est rendue précaire par un manque de stratégies claires, un manque de coordination entre les départements et une absence de volonté politique.

Un développement important et positif reste la création du Système Global de Vérité, de Justice, de Réparation et de Non-Répétition (Comprehensive System of Truth, Justice, Reparation and Non-Repetition). L’objectif de celui-ci est de dévoiler la vérité sur le conflit armé, d’obtenir justice pour les victimes et d’assurer une responsabilité pour les crimes commis durant le conflit. Ce système a permis au gouvernement colombien de mettre en œuvre des réparations et un processus d’assistance fondés sur les droits fondamentaux pour les personnes touchées par le conflit armé, y compris les victimes de violences sexuelles. Cependant, aujourd’hui seule une minorité des victimes a été indemnisée. La réparation, au lieu d’être la règle, reste une exception.

Des organisations pour les droits des femmes en Colombie témoignent que les femmes colombiennes ne peuvent rapporter ces crimes sans s’exposer à des risques. Elles dénoncent également une série d’obstacles entravant l’accès à la justice, comme l’absence d’un système d’enregistrement efficace et fiable pour les témoignages de victimes, ainsi qu’une manque global de soins de santé et de soutien psycho-social.

En 2019, le Secrétaire Général de l’ONU a exhorté le gouvernement colombien de mettre en place des plans d’action face à la violence dans les anciennes zones de conflit, et plus particulièrement d’investir dans des programmes assistant et assurant la protection des victimes de violences sexuelles, ainsi que ceux améliorant leur accès formel à une indemnisation. Il a également insisté sur des mesures assurant la responsabilité des auteurs de crimes sexuels et sur l’allocation de ressources appropriées pour une meilleure capacité institutionnelle.

Réseau national

Red de Mujeres Victimas y Profesionales est un réseau de femmes et d’organisations qui milite pour le respect des droits des femmes victimes de violences sexuelles durant le conflit colombien. Ce réseau n’a cessé de grandir. Il représente aujourd’hui plus de 665 membres provenant des quatre coins du pays, dont de nombreuses femmes autochtones.

Red de Mujeres Victimas y Profesionales fonctionne autour de deux domaines d’action prioritaires : l’autonomisation des femmes et le leadership féminin d’une part, les violences faites aux femmes d’autre part. Le réseau a pour mission d’autonomiser les survivantes en leur offrant un soutien émotionnel et en les informant sur la législation colombienne afin que celles-ci aient conscience de leurs droits. Le réseau collabore aussi avec des professionnels à des fins de sensibilisation des jeunes générations aux causes et aux conséquences de violences sexuelles, ainsi qu’à des fins de promotion de la paix en Colombie.

Au fil des années, le réseau a réalisé des accomplissements remarquables, mettant en valeur sa force et son activisme pour des changements législatifs et des changements de politique au sujet des violences sexuelles. Red de Mujeres Victimas y Profesionales était parmi les délégations de victimes ayant participé aux négociations de paix à la Havane. C’est ce réseau qui a réussi à faire reconnaître les violences sexuelles comme étant une violation des droits des femmes dans l’accord final. Par la suite, il a aussi été consulté dans le cadre de l’adoption de la Loi 1719 sur l’accès à la justice et autres préoccupations concernant les victimes de violences sexuelles, plus particulièrement des violences sexuelles dans le cadre du conflit armé, contribuant à son texte.

Le réseau a organisé 19 journées collectives dans le but d’obtenir justice pour les survivants de violences sexuelles. Lors de ces journées, 1238 victimes, tant des hommes que des femmes, sont sortis de l’ombre et ont déposé une plainte auprès des autorités pour les crimes sexuels dont ils ont été victime durant le conflit armé.

En outre, le réseau a présenté son premier rapport à la Juridiction Spéciale pour la Paix. Il est également l’auteur d’une action citoyenne devant la Cour Constitutionnelle afin de garantir la compétence de cette Juridiction Spéciale en matière de crimes sexuels. Cette action a été couronnée de succès.

 

www.redmujeresvisiblemente.org






Autres Ressources

https://www.youtube.com/watch?v=a11xuWAsebkhttps://www.youtube.com/watch?v=ZKwFSW45tbkhttps://www.youtube.com/watch?v=XMPEiS2S1-w